Ma mère s’est éteinte ce 2 mars 2026, après de longues années de lutte contre la maladie. Le temps passant laissait filer, petit à petit, sa vie.
Nous avons assisté, il y a quelques mois, famille, proches et moins proches — dans le sens d’une hiérarchie que l’on emploie habituellement —, à un miracle.
Alors qu’elle était hospitalisée en septembre 2025, l’assistante sociale du CHU m’appelait et m’informait, avec une véritable délicatesse, de son transfert en soins palliatifs à l’hôpital local de Lombez. Un appel d’une grande intelligence, avec un message à transmettre d’un poids considérable. Cette femme s’est assurée de comprendre l’état d’esprit de la personne en ligne afin de délivrer le message au mieux, entouré de toute sa bienveillance ; aujourd’hui, je l’en remercie sincèrement.
La vie étant bien faite, mon contrat de travail se terminant, j’eus la chance de pouvoir partir la rejoindre et l’accompagner dans ses derniers instants. J’habite Cannes et, pour ceux qui ne le savent pas, Lombez est un village à proximité de Toulouse.
L’édifice qui abrite cet hôpital, datant de 1753, est un vieux bâtiment typique de la région, mais dans un état de délabrement important. « La terrasse » qui en fait le tour est soutenue jusqu’au toit par plusieurs piliers sur toute sa longueur… Quand je suis arrivé, je peux vous assurer qu’en observant cette perspective, l’on se demande si le ciel ne va pas nous tomber sur la tête, d’autant qu’il est déjà bien bas sur nos épaules au moment d’en franchir le seuil…
À l’entrée, le pittoresque extérieur se poursuit évidemment à l’intérieur mais, cette fois, simplement dans la vétusté de son âge… L’accueil, première passerelle humaine, apporte soudainement de la lumière à cette entrée spectaculaire. Ce point chaleureux passé, s’ensuit un dédale de longs couloirs, sombres, lugubres et sans vie, menant jusqu’à l’ascenseur. Cette étrange sensation d’abandon s’est de nouveau invitée et nous accompagne tout le long.
À l’ouverture des portes, le sombre cédait sa place à la lumière. Pas celle des néons froids ou de ces couleurs fades et passées sur les murs, non : une lumière qui vient d’ailleurs. Aux premiers bonjours, aux premiers échanges surtout, après avoir annoncé être le fils de Mme Renaud, un éclat, une lumière chaleureuse et vivante est venue d’un coup, d’un seul, m’entourer, dépoussiérant le vide laissé dans l’ascenseur. Les piliers extérieurs se sont invités à l’intérieur, et le ciel et le soleil étaient de nouveau bien hauts, sans poids à porter…
À mon arrivée, ma mère était dans les bras de Morphée, prête à s’endormir. Je n’ai d’ailleurs pas cru un seul instant parler à ma maman… Moment terrible, car le vide extérieur habitait ma mère.
Je suis donc venu tous les jours, attendant l’inéluctable, partageant des moments de complicité avec ma mère qui, petit à petit, reprenait ses esprits.
Je ne saurais vous dire combien de temps — la mémoire sait être sélective. J’ai donc rencontré tout le personnel de l’hôpital : intendance, infirmières, médecins, assistante sociale, diététicienne, kinésithérapeutes, et ce, sur toutes les rotations des jours et des semaines. Cette chaleur, cette lumière étaient là systématiquement. J’ai vu ma mère entourée d’Amour, soutenue, aimée, prise en charge aux petits soins par une équipe à son écoute, dévouée, chaleureuse. Le soleil lui-même se laissait surprendre par une autre lumière que la sienne.
Mon frère qui, par le plus grand des hasards, lui aussi, entrait dans le cycle d’une retraite bien méritée, eut également la chance de pouvoir être présent. Il m’a donc rejoint, accompagné de mon père — le mari d’une vie, si j’ose dire, de ma mère. Nous pûmes ensemble l’accompagner sur le chemin de la ligne verte qu’elle empruntait de nouveau.
Mon second frère est également venu apporter sa pierre à l’édifice, et non des moindres : une présence, un sourire, quelques mots échangés pour un « tout va bien, rassure-toi », et un Amour partagé dans l’éternité d’un instant.
Ce faisant, nous avons assisté et vécu l’extraordinaire. Le vide se laissait remplir par quelque chose de plus grand que soi : la Vie… Nous avons vu une plante prête à se disperser dans la Terre reprendre vie : d’abord une tige, puis une feuille, puis deux… et enfin, par miracle, une fleur éclore.
Du lit, nous passâmes à des sorties dans le petit jardin de l’hôpital, au pied d’un arbre. Le soleil, la lumière du jour et le chant des oiseaux nous accompagnant, ma mère put de nouveau marcher. Alors qu’elle recouvrait une autonomie suffisante, s’en vint le moment de retourner chez elle : le noir s’était vêtu de blanc.
L’hôpital fit tout le nécessaire pour permettre son retour à domicile, tout en la rassurant également, l’informant qu’une place lui était réservée et que, si elle en avait besoin, elle pourrait revenir à tout moment et que tout serait prêt à l’accueillir pour prendre soin d’elle sans aucune souffrance. Je peux vous assurer que ce fut un grand soulagement à entendre pour ma mère, ainsi que pour sa famille qui vit si loin, surtout dans ces moments-là.
Puis une activité extérieure à elle-même s’est alors enclenchée… Elle n’était pas vraiment nouvelle, je dirais plutôt en suspens, car ma mère bénéficiait déjà d’aides avant d’être hospitalisée. Rappelez-vous : c’est bien un combat de plusieurs années que je vous partage.
En effet, ma mère touchait le minimum retraite et, lorsqu’elle commença à être moins vaillante, elle fit diverses demandes d’aides et put en bénéficier.
Nous étions évidemment au courant de cet aspect avec mon frère. Néanmoins, nous n’avions pas idée de ce que cela pouvait représenter. Lorsqu’il a donc été question de faire rentrer ma mère chez elle, nous avons été le pont entre l’hôpital et ces différents services. C’est également à ce moment-là que nous pûmes continuer notre chaleureuse aventure humaine.
Au-delà de l’hôpital, nous avons découvert une infrastructure, un réseau et de nouvelles personnes bienveillantes et professionnelles, qui nous ont accompagnés pour lui permettre ce retour. En l’espace de quelques jours, tout était en place, avec des aides supplémentaires. À chaque fois, nous les entendions parler de maman comme d’un membre de leur famille, une personnalité connue et non comme un numéro. Nous avions autant de messages à lui transmettre que de personnes que nous rencontrions au fur et à mesure.
J’ai ressenti, une fois de plus, une chaleur humaine, un amour et une lumière extraordinaires, portant autant pour elle que pour nous cette énergie nécessaire à la Vie.
Je rends maintenant un hommage vibrant à toutes ces personnes que nous avons eu la chance de pouvoir croiser sur notre chemin :
Merci au personnel de France Services de Boulogne-sur-Gesse.
Merci au personnel de l’APA et à Mme Pertus pour son indéfectible soutien et sa capacité à répondre dans l’urgence.
Merci à la pharmacie de Boulogne-sur-Gesse et sa grande aide au-delà de ses prestations.
Merci à TLM de Boulogne-sur-Gesse, qui fournit le matériel médical d’assistance, d’une grande bienveillance et disponibilité.
Merci à toutes les femmes et tous les hommes d’aide à domicile, qui sont d’une grande bienveillance et qui apportent une lumière quotidienne à ceux qui en bénéficient.
Merci également aux infirmières et infirmiers de Boulogne-sur-Gesse, qui sont bien plus que des aides-soignants.
Merci aux femmes des Restos du Cœur de Boulogne-sur-Gesse, qui apportent, en sus du matériel, une merveilleuse chaleur humaine.
Merci au CHU de Lombez ; je n’ai pas besoin d’en dire davantage, je pense.
Merci à tout le personnel de l’ombre qui participe au Grand Œuvre sans que nous le rencontrions.
Merci donc aux financements des services d’État — locaux, régionaux et nationaux — capables de prendre en charge les aides à domicile, les frais de transport, le matériel médical, les médicaments, l’hospitalisation…
Merci aux Français qui permettent le financement de toutes ces institutions.
À son retour, nous avons eu la chance de partager quelques repas en famille, d’échanger des souvenirs, de nous dire des mots simples mais importants, vibrant d’Amour.
Quelques mois ont passé. Nous avons eu la chance de partager un Noël supplémentaire. Ma mère a eu la chance d’apprendre la naissance à venir d’une arrière-petite-fille, qui l’a comblée de joie. J’ai eu la chance de recevoir un dernier message d’anniversaire, puis le reste est en nos cœurs…
Et puis il fallut qu’elle retourne au CHU de Lombez, dans le service de longue durée. Nous avons pu constater de nouveau le même niveau de soutien et d’accompagnement du personnel de ce service, où ma mère a pu bénéficier du meilleur jusqu’à son dernier souffle.
Merci donc à tout le personnel du service de longue durée du CHU de Lombez.
Merci également à Mme Weisseberger, des pompes funèbres de Lombez, qui a été remarquable dans son accompagnement, son professionnalisme et toute la bienveillance dont elle fait preuve.
Merci, pour finir, au crématorium d’Auch, bénéficiant d’une magnifique infrastructure, d’une organisation et d’un accueil remarquables.
Lorsque nous sommes retournés au CHU de Lombez ces dernières semaines, nous avons observé une grande banderole informant les passants d’une éventuelle fermeture de lits supplémentaires en 2026.
Évidemment, nous ne sommes jamais insensibles lorsque nous croisons ce type de message sur notre chemin. Mais lorsque nous avons pu bénéficier de ces services, lorsque nous avons croisé des femmes et des hommes qui apportent tant à des femmes, des hommes et des enfants qui en ont tant besoin, quand on comprend que cette lumière qu’ils portent en eux est un phare pour la Vie, alors le message prend un sens bien plus vaste qu’une encre noire sur un tissu déchiré…
Ce message n’a aucune volonté de porter un propos politique. Néanmoins, malgré la compréhension d’une société basée sur un modèle de fonctionnement monétaire, nous comprenons tous qu’au-delà de l’aspect financier, quelque chose de bien plus grand, bien plus vaste, se joue. La vie n’a pas de prix. Par la grâce de tous ces éléments mis bout à bout, de toutes ces personnes, de ces aides, une femme a reçu, en fin de vie, un Amour extraordinaire de tous. Au niveau familial, nous avons pu partager ces derniers instants, nous avons pu échanger, et chacun a pu recevoir un message important qui devait lui être délivré.
Et ce partage n’est qu’un parmi tant d’autres…
Rencontrer autant de personnes si dévouées, si bienveillantes, si chaleureuses, et sur une si longue période, n’est pas le fruit du hasard. C’est une confirmation de l’intelligence, de la sagesse, de la bonté humaine que nous portons tous, et la société dans laquelle nous vivons ne peut en être que le reflet.
Je les ai vus dévoués et faire le maximum avec les moyens qu’ils avaient à leur disposition. Et les moyens sont restreints… Ils ont eux aussi besoin d’être soutenus, de recevoir de l’attention et des moyens matériels et humains pour les soutenir dans leur œuvre. Nous ne pouvons pas laisser se déliter les vestiges et les valeurs que notre société, notre pays, a portés si longtemps, ni laisser ces mots qui ont tant de valeur — Liberté, Égalité, Fraternité — perdre la moindre parcelle de la vérité qu’ils transportent, car les mots sont les véhicules véritables de nos intentions.
J’ai parlé au début de la notion de hiérarchie. C’était évidemment volontaire, car cette expérience démontre, une fois de plus, que la puissance de l’Amour est en nous tous et ne porte aucun script, aucun costume. Il est Universel et se partage, quelle que soit la parcelle de la spirale à laquelle nous appartenons.
Quant à moi, j’ai reçu la confirmation que les outils ne sont qu’un vecteur de changement. Le miracle est en nous. Il se partage au travers de nos pensées, de nos actes et de nos intentions pour nous-mêmes et pour les autres. Le « chaque » compte pour beaucoup, et l’infiniment grand se construit d’une multitude d’infiniment petits. Plus encore : les deux se confondent.
J’ai également eu la chance de recevoir un soutien indéfectible de mes enfants, de ma famille, de mes amis, des messages de soutien de mon entourage professionnel, des membres de mon « ex » belle-famille, qui font un bien immense lorsque l’on traverse ces épreuves. C’était, à chaque fois, comme une ficelle invisible qui permettait à mes épaules de rester droites et solides. Alors, ne minimisons rien : pas même un merci, un sourire, une politesse partagée, un regard, une poignée de mains, une accolade, un mot, une phrase, un silence, une présence… Car cet ensemble caractérise l’Amour et dessine la Vie que nous partageons au quotidien. C’est bien l’Essentiel.
Enfin, merci à toi Maman, de m’avoir tant donné, de m’avoir façonné de cet Amour inconditionnel que porte la Vie. Merci de nous avoir partagé, ces derniers mois, toutes ces leçons de vie, cette Intelligence et cette Sagesse, car elles sont aujourd’hui un témoignage supplémentaire du Bastion de la Vérité qui nous unit.
